Les ZOONOSES

Connue depuis l'antiquité, la rage est une maladie infectieuse, inoculable par morsure, commune à toutes les espèces à sang chaud et que l'on retrouve sur tous les continents. Ce chapitre propose à la fois un résumé des connaissances théoriques (virologie, pathogénie) mais également une démarche de diagnostic différentiel face à un animal présentant des symptômes nerveux, ainsi que des rappels de prophylaxie

Connue depuis l'antiquité, la rage est une maladie infectieuse, inoculable par morsure, commune à toutes les espèces à sang chaud et que l'on retrouve sur tous les continents (y compris le continent australien, longtemps épargné).

Elle est due à un Rhabdovirus neurotrope qui provoque une encéphalomyélite mortelle après une période d'incubation longue.

La rage est une maladie très importante et ceci à deux niveaux : premièrement au niveau économique car la prophylaxie est onéreuse, mais surtout au niveau de la santé publique. En effet, c'est une zoonose majeure parce qu'elle est inexorablement mortelle dès lors que la clinique est déclarée.

Ainsi même si quantitativement d'autres maladies sont plus importantes, qualitativement, la rage est une affection capitale.

Depuis 1968, la France est confrontée à une enzootie rabique véhiculée par les renards. Les animaux sauvages, vecteurs de la rage, ont une probabilité très faible de transmettre la maladie à l'homme ; en fait, ce sont les animaux domestiques qui servent de relais. Parmi ces derniers, les carnivores domestiques ont une place de choix, en effet, le chat et le chien occupent les 2ème et 3ème place en terme de nombre de contamination, derrière les ruminants.

Virologie

Morphologie et propriétés physico-chimiques du virus

Le virus de la rage est un rhabdovirus composé d'une nucléocapside hélicoïdale à ARN et d'une enveloppe lipidique avec des spicules glycoprotéiques. Sa forme de 60 à 80 nm de large sur 180 à 200 nm de long, est dite en " balle de revolver ".

Comme de nombreux virus enveloppés, il est sensible à un certain nombre d'agents physiques et chimiques comme la chaleur (inactivation par chauffage à 50°c pendant 15 mn), la lumière, les rayons ultraviolets, les solvants des lipides (éther...), les solutions savonneuses, l'eau de Javel ou encore le formol.

Il se conserve dans de la glycérine et résiste au froid, à la dessiccation ainsi qu'à la putréfaction.

Culture du virus

In vivo : la culture in vivo du virus rabique se fait par inoculation intracérébrale. Ses applications pratiques sont :

- L'isolement du virus dans le cadre du diagnostic expérimental,

- La production de vaccin. Cette dernière est effectuée de préférence sur des animaux de moins de 10 jours. En effet, contrairement à celui de l'adulte, l'encéphale des nouveau-nés ne contient généralement pas de facteurs encéphalitogènes qui peuvent être responsables d'accidents allergiques à la suite d'injections répétées.

In ovo : la culture in ovo s'effectue sur des oeufs embryonnés de poule ou de cane. Elle permet d'obtenir des virus avianisés utilisables en vaccination (vaccins à virus vivant ou inactivé).

Sur culture cellulaire : du virus rabique peut être réalisée sur :

- Des cellules d'explants primaires (cellules rénales de hamster, de porc...),

- Des lignées cellulaires (cellules KB, cellules Vero...),

- Des cellules diploïdes humaines.

Elle permet la préparation de vaccins (à virus vivant ou inactivé), le diagnostic expérimental de la rage, le titrage des anticorps des sérums, l'étude du virus...

Pouvoir pathogène du virus rabique chez les carnivores domestiques

Variations qualitatives du pouvoir pathogène : les variations qualitatives du pouvoir pathogène du virus rabique sont dues à l'existence de différentes souches de virus. Ces dernières sont apparues suite à une adaptation aux différentes espèces vectrices.

Un certain nombre d'études expérimentales ont porté sur les sensibilités respectives du renard et du chien aux virus rabiques hétérologues. Les résultats obtenus sont les suivants :

-Le chien et le chat résistent beaucoup mieux à l'inoculation du virus d'origine vulpine que le renard.

-La sensibilité du chien à cette souche de virus est même inférieure à celle du chat,

-Le renard résiste bien à l'inoculation du virus d'origine canine avec une inversion paradoxale de la loi dose-effet (plus la dose inoculée est forte, moins le renard est sensible à cette dernière).

Ainsi, le renard et le chien présentent une réceptivité très faible au virus rabique hétérologue. Le chien est même moins sensible que le chat à la contamination vulpine.

Le chien et le chat représentent un cul-de-sac épidémiologique pour la rage vulpine et inversement. Il n'y a donc pas d'interactions entre les cycles épidémiologiques de ces deux types de rage. Ce qui explique qu'il y a des pays où évoluent séparément la rage canine et la rage vulpine.

Variations quantitatives du pouvoir pathogène : le pouvoir pathogène du virus rabique est directement lié au nombre de virions inoculés. Plus la dose est importante, plus l'animal risque d'être contaminé.

Dans les études expérimentales, l'unité de référence pour la dose inoculée est la dose provoquant la mort de 50% des souris par inoculation intracérébrale. Evidemment, il faut aussi prendre en compte la souche du virus. En effet, avec la souche vulpine, 100 pour 100 des renards meurent après inoculation de moins de 10 DL50 / I.C. /souris alors que cinq chiens sur sept sont mort après inoculation de 107,65 DL50 / I.C. /souris.

Pathogénie

Généralités

Suite à sa transmission, le virus rabique se multiplie au point d'inoculation, en particulier dans les myocytes. Il diffuse dans ces derniers de proche en proche jusqu'à atteindre des terminaisons nerveuses (les tendons sont richement innervés).

Après pénétration dans le nerf, il progresse passivement le long des filets nerveux en direction du système nerveux central. C'est le phénomène de neuroprobasie.

Une fois au niveau du Système nerveux central, il se multiplie dans les cellules nerveuses et va diffuser via les nerfs dans des tissus proches comme la cornée, les glandes salivaires...où il se multipliera à nouveau. Cette diffusion se fait par une septinévrite.

Ainsi le virus envahira de manière centrifuge, le système nerveux et tous les tissus.

Variations de la symptomatologie : les symptômes diffèrent en fonction de la localisation de la multiplication du virus au niveau du système nerveux. En effet, en fonction de tel ou tel centre nerveux touché, il y aura tel ou tel symptôme dominant. Ainsi, les hallucinations et les troubles fonctionnels seront liés à des lésions encéphaliques, alors que la paralysie des masséters résultera de lésions du bulbe ou de la moelle épinière.

Cette caractéristique de la pathogénie est importante car elle a des répercussions épidémiologiques via l'agressivité, les fugues et la virulence salivaire (dues à des lésions du centre psychomoteur et à l'atteinte du nerf intermédiaire innervant les glandes salivaires) et des répercussions cliniques via le polymorphisme de l'expression clinique observée.

De plus, plus le point d'inoculation sera distant du système nerveux central, plus la durée d'incubation sera longue.