Parmi toutes les espèces animales, l'espèce canine est celle qui offre la plus grande diversité de taille. Du CHIHUAHUA de moins de 1 kg au SAINT-BERNARD de plus de 80 kg, le rapport de poids passe de 1 à 80 alors que jamais il ne dépassera 2, voire 3, chez le chat ou chez l'homme. Il va de soi qu'une telle différence ne peut que s'accompagner de variations importantes de l'anatomie et de la physiologie de ces chiens si éloignés physiquement, et que ces variations conditionnent de fait un besoin nutritionnel, et donc une alimentation, spécifiques.

Durée de la croissance, amplitude de celle-ci, taille des dents, besoin énergétique, poids relatif du tube digestif et espérance de vie moyenne sont autant d'éléments qui dépendent du format du chien, et dont il va falloir tenir compte dans l'alimentation. Pour répondre le mieux possible aux exigences du chien, et favoriser son maintien en bonne santé, des ajustements seront également nécessaires à chaque stade de sa vie.

Ainsi, pour bien comprendre ce que sont les points-clés de cette alimentation qui se doit d'être sur mesure, il suffit de constater les éléments suivants.

Spécificités nutritionnelles du chiot en fonction de sa taille

Les différences entre les races sont observables dès la naissance : par exemple, une chienne CANICHE met bas des chiots pesant chacun 150 à 200 g, alors que le poids de naissance de chiots TERRE-NEUVE oscille entre 600 et 700 g. Même si un chien adulte de race géante pèse vingt-cinq fois plus qu'un chien de petite race, le rapport des poids à la naissance ne va cependant que de 1 à 6. Le chemin à parcourir pendant la croissance est donc très différent suivant les races. L'amplitude et la durée de la croissance sont proportionnelles au poids final du chien.

La moitié du poids adulte est atteinte vers 3 mois pour un chiot de petite race, pas avant 5 à 6 mois pour un chiot de grande race. Un CANICHE a son poids adulte vers 8 mois ; il a alors multiplié son poids de naissance par 20. Un TERRE-NEUVE, lui, grandit encore jusqu'à 18 ou 24 mois, jusqu'à ce qu'il ait multiplié son poids de naissance par 100 environ. Quelle que soit la race, un chiot a des besoins énergétiques, en protéines, minéraux et vitamines, beaucoup plus importants qu'un chien adulte. La composition des aliments pour chiots présente donc un certain nombre de caractéristiques communes : densité énergétique élevée, grande concentration de tous les nutriments essentiels, et plafonnement du niveau d'amidon dans l'aliment. En revanche, la taille de la race implique des adaptations particulières.

À 3 mois, un chiot Terrier pèse entre 2 et 3 kg et un chiot de race géante, entre 18 et 20 kg : il y a entre eux une différence évidente de taille de mâchoires ! Une croquette de taille moyenne engendre des difficultés de préhension pour le premier, et du gaspillage de la part du second. Il est donc plus judicieux de proposer une taille de croquettes spécifique aux chiots de petite, moyenne ou grande taille.

Les chiots de grande race sont particulièrement sujets à des troubles de croissance : défauts d'aplomb, déformations osseuses, lésions articulaires... L'apparition de ces problèmes est largement favorisée par une consommation énergétique trop importante, entraînant une prise de poids trop rapide. Une limitation de la densité énergétique de l'aliment destiné aux chiots de grandes races, plus un rationnement correct, permettent de mieux contrôler la vitesse de croissance, et donc de minimiser les risques.

Un chiot de grande race est plus exigeant qu'un chiot de petite race sur le plan de l'apport en calcium. Or, un chiot de 20 kg mange seulement 1,5 fois plus qu'un chiot de 10 kg au même âge. S'ils consomment le même aliment, le premier risque de souffrir d'un déficit en calcium. Il faut donc augmenter la concentration en calcium dans un aliment pour chiots de grande race.

La durée d'utilisation d'un aliment de croissance varie en fonction de la race : de 8 à 10 mois pour les petites, de 10 à 14 mois pour les moyennes, et de 14 à 24 mois pour les grandes.

Spécificités nutritionnelles du chien en fonction de sa taille

Une fois adulte, le chien a besoin d'une certaine quantité d'énergie pour maintenir son poids, et plus le poids augmente, plus le besoin énergétique par kilogramme diminue. En conséquence, un chien de petite race doit recevoir un aliment plus concentré en énergie, donc en matières grasses, qu'un chien de race moyenne. L'élévation de la concentration énergétique implique également l'augmentation de la concentration en protéines, minéraux, vitamines...

L'incorporation plus élevée de matières grasses augmente l'appétence du produit. Or, l'appétence est un point essentiel chez ces petits chiens, souvent difficiles car leurs propriétaires cèdent facilement à leurs caprices. Les petits chiens consommeront plus volontiers des croquettes de petite taille.

Chez les chiens de grande race, l'augmentation de la densité énergétique permet de diminuer légèrement les volumes des repas, et donc de minimiser le risque de mauvaise digestion. Cette précaution s'inscrit également dans le cadre des mesures préventives d'un accident fréquent chez les chiens de grande race, la dilatation-torsion d'estomac. La présentation de l'aliment a aussi son importance : de grosses croquettes peu denses peuvent permettre de ralentir légèrement l'ingestion.

Spécificités nutritionnelles du chien Sénior en fonction de sa taille

Chez le chien comme chez toutes les espèces animales, le processus de vieillissement est particulièrement précoce, et certaines mesures diététiques visant à ralentir ou à réduire les effets négatifs de l'âge sont à mettre en place dès l'âge adulte. Les premiers signes sont invisibles : il s'agit d'une détérioration progressive de certaines cellules, en particulier au niveau du rein. Contrairement à une idée répandue, limiter l'ingéré protéique est inefficace pour enrayer cette diminution de la capacité de filtration du rein. En revanche, il est maintenant reconnu qu'une baisse de la teneur en phosphore de l'alimentation peut avoir une action positive. Les mécanismes du vieillissement sont liés à une oxydation des acides gras constituant les membranes cellulaires. L'enrichissement de la ration en vitamines E et C peut aider l'organisme à se protéger contre les molécules à l'origine de ces phénomènes d'oxydation.

Lorsque le chien prend de l'âge, sa masse musculaire tend à diminuer au profit de ses réserves adipeuses. Son activité physique diminue, ainsi que sa résistance aux agents infectieux ; son pelage devient plus terne. Tous ces troubles seraient en partie dus à une moins bonne utilisation des nutriments. Pour renforcer l'efficacité digestive, il est alors nécessaire de fournir tous les éléments indispensables (acides aminés, acides gras, oligo-éléments, vitamines) sous une forme plus facilement assimilable. Ces changements apportés à la ration, associés à une diminution plus nette du phosphore et à l'incorporation accrue de vitamine E et C, interviendront à des dates variables selon la race du chien : vers 6 ans chez un chien de grande race, 7 ans chez un chien de race moyenne, 8 ans chez un chien de petite race.

Pour les chiens d'âge mûr, la densité énergétique respecte les mêmes règles que pour les chiens adultes : augmentation du niveau énergétique pour les petites races à cause de leurs besoins élevés, et augmentation également pour les grandes races afin de compenser leur capacité digestive limitée.

Avec l'âge, la fréquence des problèmes buccodentaires augmente chez les chiens. Pour qu'ils continuent à consommer normalement, il faut leur faciliter la préhension alimentaire, grâce à une taille de croquette proportionnelle au format du chien.

La plupart des aliments du marché s'adressent au chien "tout- venant", sans distinction de taille. Les gammes les plus complètes ne se basent que sur les différents âges de la vie. La sélection imposée par l'homme a cependant créé des chiens très différents par leur morphologie et leur mode de vie. Pour respecter ces différences, il faut mettre à disposition des propriétaires des produits réellement adaptés à leur chien. Une alimentation qui répond le plus précisément possible aux besoins du chien, associée à une activité physique régulière et à des contrôles vétérinaires périodiques, contribue à améliorer le bien-être et l'espérance de vie du chien

Grandes races : L'alimentation doit compenser

Pour qui s'intéresse aux chiens de grand format, force est de reconnaître que, si ces chiens sont souvent magnifiques, le fait qu'ils correspondent en tous points à une création de l'homme à force de sélection démontre que, bien souvent, la nature a été prise de vitesse et que leur organisme présente quelques fragilités. Ainsi ces chiens ont-ils une croissance très longue et très intense, couplée à une faible précocité, à un tube digestif proportionnellement plus petit que les autres chiens, si on se réfère à leur format, à une espérance de vie plus réduite qui implique un vieillissement plus précoce !

Une alimentation spécifique

Cette sélection, qui améliore la performance et l'apparence, mais rend plus fragile et plus sensible l'organisme, est d'ailleurs bien connue dans d'autres espèces animales, comme la vache ou le cochon par exemple. C'est un peu comme une magnifique "formule 1", qui est longue à réaliser, robuste et performante, mais qui peut ne plus fonctionner à cause d'une toute petite pièce ou, surtout, d'un carburant de mauvaise qualité. Si la comparaison est exagérée, elle est néanmoins parlante, car, si la formule 1 a besoin d'un carburant très étudié et très spécifique pour fonctionner, il en va de même pour ce chien de grande taille pour qui une alimentation très étudiée et très spécifique est essentielle.

C'est ainsi qu'il faut surveiller le rythme de croissance d'un chiot de grande race pour lutter contre le développement des troubles ostéoarticulaires, voire contre des problèmes de dysplasie de la hanche. Un aliment pas trop riche en matières grasses, bien rationné, aide à limiter le gain de poids quotidien. En revanche, le niveau protéique n'a pas d'influence sur la vitesse de croissance. La supplémentation anarchique en calcium est particulièrement dangereuse chez ces chiots.

Un chien adulte de grande race a une tolérance digestive relativement faible. Il requiert une alimentation particulièrement digestible et suffisamment énergétique pour éviter des repas trop volumineux.

Le choix d'un aliment hautement digestible, dense en énergie, s'inscrit parmi les mesures visant à prévenir la dilatation-torsion d'estomac.

L'addition d'antioxydants naturels (vitamines E et C) dans l'aliment et la diminution du phosphore (qui permet de prévenir les troubles rénaux du vieillissement) sont les premières mesures à prendre pour aider le chien à aborder la phase de maturité dans les meilleures conditions.

À partir de 6 ans, les grands chiens deviennent plus fragiles. Pour les aider à rester en bonne santé, il est nécessaire de leur offrir un régime très appétent, équilibré, composé d'ingrédients de haute qualité : protéines de lait, d'oeufs et de poisson, huile de bourrache, oligo-éléments chélatés, etc.

Une telle alimentation, associée à des examens vétérinaires réguliers, permet d'améliorer leur qualité de vie et d'augmenter leur longévité.