L'utilisateur de chien de sport est un compétiteur, lui-même souvent sportif, mais toujours passionné, et qui représente de 20 à 30 % des membres de clubs canins qui recherchent souvent une simple obéissance de leur chien, mais pratiquement 100 % des membres lorsqu'il s'agit de structures dédiées à tel ou tel sport. Dans ce cadre, le chien est un athlète qui doit avoir un mode de vie spécifique, et doit être suivi aux plans biologique et médical comme un athlète de haut niveau.

Dès lors qu'il s'agit de chien d'utilité, c'est la notion de performance opérationnelle et d'aptitude physique optimale permanente qui prime, et là encore, le vétérinaire, dès lors qu'il a fait l'effort d'acquérir et de développer des compétences spécifiques, est un élément important du résultat obtenu.

Face au développement croissant des différentes disciplines de sport canin et des multiples valorisations du chien en tant qu'auxiliaire professionnel de l'Homme, le vétérinaire doit de plus en plus faire face à une demande très spécialisée et spécifique de la part de l'utilisateur. Encore trop souvent informelle, cette demande se situe à plusieurs niveaux :

- formation biologique générale du propriétaire/concurrent ;

- conseils en élevage, mais surtout en recherche d'amélioration de la performance ;

- prévention des affections pathologiques liées à l'effort, mais aussi à l'élevage et à la vie en collectivité canine ;

- bonne connaissance des structures et des réglementations, aide à leur évolution ;

- présence effective sur les lieux de compétition ;

- mise en oeuvre, compréhension et application des réglementations antidopage.

Dès lors, la place réelle du vétérinaire dans tel ou tel sport canin est souvent encore mal définie, dépendant du degré de passion pour la discipline sportive en cause plus que d'une définition réelle des responsabilités. Née de la passion, mais aussi de la raison (à la fois technique et économique), elle devrait mieux se formaliser dans chaque discipline, permettant ainsi de mieux cerner et officialiser les rôles du vétérinaire.

Le présent chapitre n'a pour objet que de servir de base de réflexion, les apports potentiels du vétérinaire au monde du sport canin étant envisagés successivement sans ordre de classement préférentiel.

Le conseil : optimiser la performance canine

La recherche systématique d'une amélioration de la performance par les éleveurs, entraîneurs, concurrents et utilisateurs va bien évidemment de pair avec une augmentation de l'incidence des affections pathologiques spécifiques du groupe concerné, grande performance étant, dans la plupart des cas, synonyme de fragilité accrue.

Chaque chien de sport ou de travail possède une limite psychologique de sa performance, déterminée génétiquement. L'objectif d'un bon plan de préparation, tel que détaillé dans les chapitres spécifiques, est dès lors d'atteindre cette limite et de tenter d'y maintenir l'animal. Le conseil du vétérinaire doit s'intégrer dans cette notion de "plan global de préparation" et intégrer :

- un soutien à une sélection génétique optimale ;

- le suivi régulier du bon état de forme générale des chiens (hygiène et conception des chenils, plans de prophylaxie interférant le moins possible avec l'entraînement et la compétition, contrôles biochimiques et hématologiques réguliers) ;

- la participation à l'élaboration des plans d'entraînement (trop fréquemment encore, l'entraînement physique du chien de sport n'est que le fruit d'un empirisme plus ou moins éclairé qui ne vise qu'à accumuler les kilomètres de jogging) ;

- le conseil en nutrition, tant pour l'utilisation de l'aliment le plus adapté au type d'effort et au format du chien, que pour celle de suppléments nutritionnels dont beaucoup ne sont qu'un gaspillage financier inutile ;

- le dépistage précoce de stress cumulatifs trop intenses pour le chien, source de démotivation psychologique puis de véritables maladies.

Le vétérinaire peut-il contribuer à la formation des utilisateurs ?

Selon le précepte qui veut que "l'on n'applique convenablement que ce qui est parfaitement compris", l'information biologique et vétérinaire doit à notre sens être la plus large possible. À l'instar du sport de pulka et de traîneau à chiens ou des congrès américains et australiens annuels touchant au Lévrier de course, on peut imaginer dans chaque discipline des commissions vétérinaires proposant aux membres utilisateurs des programmes de formation de base. De ce type d'action découle un véritable échange vétérinaire/utilisateur très profitable au vétérinaire lui-même.

La présence du vétérinaire sur les lieux de compétition

Selon nous, chaque compétition sportive canine devrait être associée à la présence effective d'un ou plusieurs vétérinaires sur les lieux de la manifestation, et ce durant l'ensemble de cette dernière. Quel que soit le pays, on est encore loin d'un tel état de fait...

À ce titre, nul doute que le sport de traîneau constitue un exemple, des équipes de vétérinaires spécialisés étant constituées pour chaque manifestation, présentes sur le site 24 heures sur 24 en parfaite autonomie, et faisant partie intégrante du paysage global de ce sport. Cette présence est d'ailleurs d'autant plus nécessaire qu'à la notion d'urgence médicale ou chirurgicale s'adjoignent les aspects réglementaires (contrôles antidopages lorsqu'ils existent) ou de communication (interface avec certains "protecteurs animaux" ou avec les médias). Elle impose au vétérinaire de parfaitement connaître la discipline sportive en cause, ce qui en général l'amène à se passionner encore plus pour la compétition, et de ce fait à accroître ses compétences.

La place du vétérinaire sur un site de compétition sportive canine, encore restreinte dans les faits, est et doit concrètement devenir plus importante et mieux prise en compte par les organisateurs. L'ensemble des intervenants ne peut qu'en tirer profit, à commencer par les chiens, mais cette évolution n'est possible que si le vétérinaire fait l'effort de répondre au mieux aux attentes des utilisateurs et respecte les compétences de ces derniers.